Des 1/2 finales intenses
Une finale de Roland Garros 2009 Federer Soderling
Il s’agit d’une finale surprise. Eh oui, Rafael Nadal n’est pas là ! Pour Roger Federer c’est la quatrième finale de Roland Garros d’affilée. Son adversaire sera… Robin Soderling vainqueur en 1/8 de finale du majorquin Nadal. Les 2 joueurs ont dû batailler en 1/2 finale pour se qualifier pour la finale.
1/2 finale haut du tableau : Soderling bat Gonzales
Incroyable Robin Soderling (n°23) ! Le Suédois, qui n’avait jamais dépassé le troisième tour en Grand Chelem, est en finale des Internationaux de France. Le tout après un duel à rebondissements remporté 6/4, 7/5, 5/7, 4/6, 6/4 en 3h28 contre le Chilien Fernando Gonzalez (n°12).
A genoux sur la terre battue de Roland-Garros, la tête entre les mains, Robin Soderling est fauché par l’émotion. Comme un flash, on croit revoir le grand Björn Borg quelques décennies plus tôt. Un dernier coup droit gagnant (le 31e de la partie) vient de le propulser en finale. Celui qui n’avait jamais dépassé le troisième tour en Grand Chelem (!) est le septième Suédois à réaliser cette performance à Paris. Le tout après un parcours incroyable jalonné de victoires sur David Ferrer (n°14), Rafael Nadal (le n°1 invaincu jusque-là Porte d’Auteuil), Nikolay Davydenko (n°10) et donc Fernando Gonzalez.
“Incroyable”
Le bonheur n’en est que plus intense car cette qualification a été obtenue au terme d’un match fou, fou, fou. Mené 4-1, et 15-30 sur son service au cinquième set, le grand Robin (1,91m) a su se ressaisir. De nouveau agressif, il a aligné cinq jeux pour doucher la furia de Gonzalez et le doubler dans la dernière ligne droite.
“C’est incroyable, jubilait-il. C’est un sentiment très agréable d’être en finale en Grand Chelem, les plus grands tournois du monde. Et sur terre battue en plus. Même si je joue de mieux en mieux sur cette surface, je n’aurais jamais pensé réussir d’abord ici à Roland-Garros. Cela n’a pas été si difficile de rester concentré après mon succès contre Nadal. Moins que je l’aurai pensé. Parce que le tournoi n’était pas fini. J’en veux plus et je continue de penser ainsi. J’ai hâte d’être dimanche.”
Il est vrai que le départ pris par le bûcheron suédois a été aussi efficace que son inexorable remontée de fin de match. Flash back : breaké au 3e jeu après une alerte d’entrée, le protégé de Magnus Norman retrouve la sérénité qui l’habite depuis les huitièmes de finale. Lui que l’on connaissait auparavant pour sa capacité à dégoupiller à la moindre contrariété.

C’est “Soderligne”
Résultat, il aligne cinq jeux puis remporte la manche initiale 6/3 en 34 minutes. Sa feuille de “stats” est évocatrice : 14 coups gagnants et seulement 5 fautes directes pour “Soderligne”, comme l’a surnommé l’un des internautes de rolandgarros.com en raison de sa facilité à jouer près des lignes. Gonzalez présente, lui, un ratio de 6 coups gagnants pour 6 fautes directes.
Le tir de barrages scandinave se poursuit au deuxième set. “Feña” est sous pression. A plusieurs reprises, il se tourne vers son clan l’air impuissant. Mais le Chilien continue de se battre. Il sauve quatre balles de break. Puis, à 5-4 en sa faveur, l’élève de Martin Rodriguez obtient une balle de set sur le service adverse dans un jeu où il a été mené 40-15. Robin écarte le danger d’un ace extérieur à 214 km/h !
Bientôt, le Suédois égalise à 5-5 et s’empare de l’engagement adverse : 6-5 Soderling. Gonzalez en fracasse sa raquette de rage. Robin confirme : 7/5 et deux sets à zéro. Plus qu’une manche et il deviendrait le premier Suédois en finale Porte d’Auteuil depuis… Magnus Norman en 2000.
Gonzalez pas très classe
Le bombardier de la Reina (le club où a débuté Gonzalez à Santiago) n’a pas dit son dernier mot. Les serveurs font la loi, mais Soderling semble moins mobile, et moins régulier dans sa prise de risque (13 fautes directes contre 6 à Gonzalez dans ce set). A 6-5 contre lui, deux erreurs de coup droit offrent le set au Chilien.
Puis Robin manque trois balles de break d’entrée de quatrième manche. A 3-2 Gonzalez, il fait appel au kiné. Visiblement pour une ampoule à un doigt du pied droit. Les serveurs sont encore à la fête sur le central ensoleillé mais balayé par le vent. A 4-4, Gonzalez est au bord de l’implosion mentale. Mécontent d’une décision d’arbitrage, il efface la trace avec son postérieur ! Pas vraiment la grande classe.
Malgré tout, il tient son engagement. Dos au mur à 5-4, Soderling commet quatre fautes en coup droit : 6/4 et deux sets partout après 2h50. Sonné, le Suédois perd les trois premiers jeux de l’ultime manche. 3-0, puis 4-1 Gonzalez. Sur son service, Soderling se retrouve à 15-30.
“Je ne voulais pas quitter ce court comme ça”
Comme par enchantement, il retrouve sa mobilité, ses appuis forts qui lui permettent de se jeter de tout son poids dans la balle. Une superbe accélération et les jeux défilent. “Rien n’est décidé tant que le match n’est pas terminé, a analysé Gonzalez. Je craignais qu’il arrive ce qui s’est passé, à savoir que, mené, il se détende et lâche ses coups. De mon côté j’ai un peu ralenti la vitesse de ma première balle. Et ça a mal tourné.”
“A 4-1, 15-30, ça n’avait pas l’air bon, a reconnu en écho Robin. Mais je me suis dit que je ne voulais pas quitter ce court comme ça, sans me battre jusqu’à la fin. Jusque-là, il servait vraiment très bien. Je m’étais reculé pour retourner. Mais j’ai essayé de prendre la balle plus tôt en retour. J’ai également mieux bougé. Et tout a refonctionné.”
A 4-4, Gonzalez sauve deux balles de break. Mais sur la troisième, il est pris de vitesse par le retour de revers adverse. 5-4 Soderling. Cette fois, Robin saisit sa chance, une faute adverse et trois coups gagnants plus tard, il est en finale. Jusqu’où ira-t-il ?
1/2 finale bas du tableau : Federer bat Del Potro

Un monde sépare Roger Federer et Juan Martin Del Potro au moment où débute cette deuxième demi-finale. “Rodgeur”, c’est d’abord 13 titres du Grand Chelem. C’est aussi la 20e fois d’affilée que le Suisse dispute une “demie” dans un majeur. L’Argentin, lui, vit sa première expérience à ce niveau. Il est mené 5-0 dans son face-à-face avec le maestro. Un monde, que dit-on, un gouffre les sépare…
Mais ce ne sont que des chiffres. La Tour de Tandil a des les raisons d’y croire. Du haut de son 1,98m, Del Potro a réussi un parcours admirable, ne concédant qu’un seul set, en cinq matchs, face à Jo-Wilfried Tsonga. Et la pression est sur Roger Federer. Débarrassé de Novak Djokovic et de Rafael Nadal, le Suisse est le grand favori. Son premier Roland-Garros, on l’entend ici ou là, lui tend les bras… Il doit gagner !
Del Potro, le patron
D’ailleurs, il débute plutôt bien ce match, “Rodgeur”. Un coup droit gagnant sur le premier point, un bon jeu de service, et une balle de break, d’entrée. Effacée par Del Potro d’un ace extérieur à 217 km/h. Pas grave, Federer s’en procure une autre au quatrième jeu. Annulée par l’Argentin d’un service gagnant. On ne le sait pas encore, mais le Suisse vient de perdre gros…
Car c’est l’Argentin qui devient le patron du court, après le round d’observation. Ses frappes lourdes, puissantes, font bientôt mal, très mal. Federer est dans les cordes. 2-2. Un revers gagnant offre alors au n°5 mondial le premier break du match.
Coincé en revers
Del Potro ne se contente pas de distribuer à gauche, à droite. Il bloque son adversaire côté revers et il avance, à la moindre balle courte. C’est monstrueux de puissance. Au service, ça déménage. “On dirait qu’il est au filet”, racontait “Jo” Tsonga après sa défaite. C’est exactement ça. Le “gaucho” empoche logiquement la première manche, 6/3 en 38 minutes, sur un nouveau break. C’est le premier set lâché par Federer face à Del Potro. Mais ce n’est pas un accident…
On attend une réaction de “Fed”, qui ne vient pas. Sur les premières balles adverses, on comprend qu’il soit impuissant. Les boulets de canon à plus de 210 km/h sont impressionnants. Mais c’est surtout sur les deuxièmes balles qu’il souffre. Systématiquement, Del Potro envoie un grand kick sur le revers du Suisse, qui retourne… systématiquement coupé, à mi-court. Et c’est la punition.
A 5-4, 0-30 sur son service, le champion aux 13 titres du Grand Chelem est au bord du gouffre. Il s’en sort un peu par miracle… Et puis, au tie-break, poussé par le public, il s’arrache en défense. Pour une fois, Del Potro cède et commet quelques fautes. 7 points à 2 pour le favori du public, qui lâche un cri de satisfaction très sonore. Va-t-on voir enfin le grand Roger ?
“L’auto-gifle”
C’est le contraire qui se produit. Trois énormes fautes en coup droit donnent le break d’entrée à Del Potro, au troisième set. Sur un plateau d’argent. Il n’aura pas l’occasion de faire son retard. Malgré de jolies amorties, on le sent dans les cordes. A l’image de ce point qu’il perd, en poussant deux coups droits droit sur son adversaire, pourtant planté près du filet. Des pichenettes inexplicables. Roger s’inflige même une petite claque. Il sourit, mais il sourit jaune…
Un nouveau break de Del Potro et voilà le n°2 mondial mené deux sets à un, après 2h01 de jeu (6/3, 6/7, 6/2). Ce n’est pas tant le score qui inquiète ses supporters, mais la physionomie du match. C’est un peu l’assommoir. L’Argentin lui rentre dedans, et il encaisse.
A 1-0 au quatrième, Federer fait monter l’ambiance en s’offrant une balle de break. Cela faisait deux heures que ce n’était plus arrivé. Mais son amortie de revers, mal exécutée, est punie d’un coup droit par Del Potro. Tandis que le vent se lève et que le ciel s’assombrit, on se dit que le rêve de “Rodgeur” s’éteint, à petit feu…
Du jamais vu depuis 1970
Pourtant, ce jeu est annonciateur d’un changement. Ce n’est pas Federer qui passe la surmultiplié, mais Del Potro qui baisse d’un ton. Le pilonnage en règle s’arrête. L’Argentin rate des balles faciles. La raison ? Son jeu de jambes est moins bon, beaucoup moins bon. A 2-1, il finit par abandonner son service, en expédiant un coup droit deux mètres trop long sur… un retour de revers coupé du Suisse.
Le public s’enthousiasme. 3-1 pour le Suisse. Et bientôt 6/1, Del Potro ayant donné un nouveau break sur une double-faute. Après 2h39 de jeu, voilà les deux hommes à égalité deux sets partout. Pour la première fois depuis 1970, les deux demi-finales vont se disputer en cinq sets.
Dans quel état physique est vraiment Del Potro ? Visiblement, il est fatigué, et il le paie. Break d’entrée. Federer, intelligemment, le déplace au maximum. 1-0, 3-1. C’est le moment que choisit l’Argentin pour se lancer dans un formidable baroud d’honneur.
Fatigué, le n°5 mondial décide de tout lâcher. Il prend des risques énormes, mais avec un tel bras, tout est permis. Federer doit constater les dégats. Del Potro recolle à 3-3 ! Quel suspense !
Quatre à la suite
Mais Roger, en champion, va sortir le grand jeu. Dans un septième jeu irrespirable, où les coups gagnants pleuvent, il fait le break, à sa quatrième “occase”. Certes, c’est sur une double-faute adverse, mais le niveau de jeu, malgré la fatigue, est énorme.
A 5-3 contre lui, Del Potro efface une balle de match, d’un revers gagnant. 5-4, Federer sert pour la victoire. Le jour tombe, le froid gagne les tribunes, mais personne n’a envie de partir. Un coup droit décroisé et le Suisse s’octroie deux balles de match. Il est 20h34. Nouveau coup droit gagnant ! “Rodgeur” bondit et hurle sa joie ! Mais son euphorie est courte. Peut-être pense-t-il déjà à dimanche.
Car dimanche, une page d’histoire doit s’écrire. Federer va disputer sa quatrième finale de suite à Roland-Garros, mais pour la première fois, ce n’est pas Nadal qui va se dresser face à lui. Robin Soderling mérite tout le respect. Mais le Suisse le sait. L’occasion est unique…






Commentaires récents